«Traitez les gens comme s'ils étaient ce qu'ils pourraient être, et vous les aiderez à devenir ce qu'ils sont capables d'être.» Johann Wolfgang von Goethe

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L’îlot Bon Secours : une résidence intergénérationnelle unique en France

L’Îlot Bon Secours est une utopie concrétisée. Depuis 2011, cette résidence située dans le centre-ville d’Arras rassemble une centaine d’habitants autour d’un idéal de « convivialité partagée ». A L’Îlot Bon Secours, l’idéal de mixité prend trois formes : mixité sociale puisqu’on y trouve à la fois des logements sociaux et des lofts spacieux ; mixité générationnelle puisqu’un tiers des appartements est occupé par des retraités ; et, point nodal du projet, mixité « fonctionnelle » qui vise à inclure au cœur de la cité des personnes trisomiques, autonomes et actives.

L’Îlot Bon Secours est l’illustration concrète d’un idéal inclusif : les personnes trisomiques qui y vivent sont assez largement autonomes et la plupart exercent une activité professionnelle. Les accompagnants de L’Îlot Bon Secours sont ainsi attachés à promouvoir une notion en partie élaborée chez des chercheurs québécois, nommée « autodétermination ». Martin Caouette, de l’Université de Trois-Rivières (Québec) et proche de L’Îlot Bon Secours, définit ainsi cette démarche : Il convient de connaître, de stimuler et de mettre en valeur les habiletés et les aptitudes qui, chez une personne, lui permettent d’agir directement sur sa vie en effectuant librement des choix non influencés par des agents externes indus.

Un lieu de vie ouvert au cœur de la ville…

Une résidence de vie adaptée au vieillissement et au handicap

  • 70 appartements,
  • une crèche inter-entreprises de 32 berceaux,
  • des espaces partagés :
  • un kiosque,
  • une salle de convivialité,
  • un jardin suspendu,
  • 720 m2 de bureau,
  • 262 m2 de surface commerciale,
  • une quarantaine de salariés.

Les valeurs fondatrices du projet :

  • la prévention des solitudes
  • l’autonomie
  • l’expression et la promotion des choix de la personne
  • la personne dans son projet

Origine et philosophie du projet

Fiche réalisée dans le cadre de l’étude Habitat et vieillissement menée par les professeurs Olivier Masson (Université catholique de Louvain) et Damien Vanneste (Université catholique de Lille – Unité HaDePas). Collaborateurs : Nathanaëlle Baës- Can llon et Robert Grabczan.

Confronter des compétences pour interagir

PARTAGER, CONFRONTER DES COMPÉTENCES POUR INTERAGIR et TRANSMETTRE

À partir d’échanges et de discussions informelles entre :

– des parents ayant choisi un mode de vie ordinaire pour et avec leurs enfants,

– des accompagnants professionnels divers,

– et des responsables institutionnels,

des chercheurs se sont engagés, depuis 5 ans pour comprendre les démarches, cerner les objectifs et analyser les débuts de parcours vers l’autonomisation, souvent regardée comme utopique et devenue à bien des endroits, une réalité. Les confrontations mènent à des interactions fructueuses entre recherche et pratiques, confortant le caractère éthique des démarches et la capitalisation des connaissances, pour une constante adaptation des formations.

Le caractère original et innovant de l’expérimentation sociale entraîne, selon les situations, une variété de demandes, d’attentes et de réactions chez les décideurs, acteurs et observateurs.

Tous soulignent l’importance d’une éducation à et de la perception de la différence et qu’au-delà du handicap, c’est la personne qui prime.

Sur des questions aussi complexes, le dialogue théoriciens-praticiens enrichit.

Les visions et interprétations, les enjeux et enseignements tirés, sont, resteront ou évolueront différemment : entre Locataires co-habitants, qu’ils soient personnes trisomiques, personnes âgées retraitées ou travailleurs en activité ; entre parents, selon leur degré d’implication ; entre professionnels, que l’IBS soit leur seul lieu de travail ou un lieu d’exercice parmi d’autres, qu’ils soient intervenants indépendants ou appartenant à une organisation ou un service ; entre institutions, selon qu’elles interviennent en décideurs, financeurs, observateurs…

Les mondes diffèrent, les subjectivités et parcours divergent, les degrés de participation ne peuvent se comparer. Certains maîtrisent l’émotionnel ou raisonnent leur militantisme, d’autres se gardent des excès de rationalité, des convictions infondées et des généralisations hâtives. L’essentiel est de ne pas rester sur ses positions et d’accepter à tout moment d’être surpris.

Les pluri-participations induisent d’échanger de manière formelle par des communications, en réunions, voire des discours… et informelle : c’est la « conversation » au sens de Th. Zeldin (2013).

Argumenter, négocier, faire avec et/ou ensemble produit des interactions pour l’agir commun légitime fondé sur des traductions et transmissions enrichissant les connaissances transférables et transposables.

Le travail exigeant de pérennisation demande l’inscription dans l’espace et le temps. En réflexion permanente, les participants acceptent de partager, lors de points réguliers, pour que les savoirs se transforment en savoir-faire, formalisables et transmissibles et deviennent des savoir-être.

L’expérimentation sociale, doublée d’un structuration cohérente de l’action et des organisations, fait émerger des besoins nombreux de moments et de lieux où – chemin faisant – la diversité des points de vue et des pratiques s’exprime par rapport à l’accompagnement et à l’autonomie.

À l’interdisciplinarité s’ajoute l’inter-professionnalité, y compris du métier de parents.

Les évaluations ne se focalisent pas sur les fonctionnements présents et leur devenir « opérationnel », elles concernent « l’être », la capacité à vivre « normalement » et de manière épanouie, au sens de l’Organisation des Nations Unies.

Le suivi longitudinal à venir porte sur le bien-être des jeunes de « Vis ta vie » dans la société, leurs possibilités d’exprimer et de concrétiser leurs désirs, selon leurs personnalités, dans leurs environnements et accompagnements. Une dimension comparative avec d’autres jeunes déficients vivant en institution peut apporter des éléments sur les facteurs et critères d’autodétermination.

Anne-Charlotte TAILLANDIER, Maître de conférences en sciences de gestion, Artois, Arras UMR 9221 LEM
Zaihia ZEROULOU, Maître de conférences en sociologie, U.Lille 1–CLERSE UMR CNRS 8019